Le coup de boule de Zidane
La 107e minute sur le divan !

11 juillet 2006, finale de la Coupe du Monde, la France de Zidane est opposée à l’Italie de Materrazi.
107e minute, le défenseur italien s’effondre, victime d’un coup de sang du capitaine et héros français.
Quelles explications donner à l’incompréhensible ?
Psychanalyse d’un passage à l’acte entré à jamais dans la légende…

Bien des années après, les amoureux de football s’arrachent encore les cheveux… Initialement sidérés, ils ont ensuite cherché à comprendre les raisons d’un tel gâchis. Mettre des mots sur un acte fou pour tenter de le rendre plus raisonnable, plus acceptable.
Anonymes, journalistes, philosophes, néophytes ou spécialistes, tous se sont risqués à une théorie. En vain. Le mystère demeure et la douleur accompagne toujours le souvenir de cette nuit d’été. Effondré, l’enfant passionné de ballon en moi a sollicité le psychanalyste que je suis pour lui fournir une explication, une interprétation, une histoire pour l’aider à dormir.

Voici ce que je lui ai conté…

Il était une fois un petit garçon prénommé Zinedine. Zinedine aime les ballons, et les ballons aiment Zinedine.
Ils lui obéissent « au pied » et à l’œil. Les enfants du quartier, sa famille, et bientôt le monde entier admirent son talent. Ils ne se lassent pas de le regarder jouer au football, et Zinedine ne se lasse pas de leur faire plaisir. C’est une histoire d’amour entre Zinedine et ses proches, entre Zinedine et le public. Une histoire d’amour qui s’annonce passionnée et éternelle. Ils se marièrent et vécurent heureux…

Leur idylle est merveilleuse, ensemble ils vivent des moments extraordinaires, ils rient, ils pleurent, ils gagnent tout.
La France, l’Italie, l’Espagne, l’Europe, puis le monde, rien n’est trop beau… Pourtant, Zinedine est un être humain, il vieillit, et comprend qu’un jour tout s’arrêtera. Quiconque a vécu une passion amoureuse connaît la douleur de la rupture et l’enfer du manque. Zinedine pensait s’y être préparé, mais il avait, pour une fois, sous-estimé son adversaire.

L’ultime scène se déroule à Berlin, comme toujours sur un terrain de football, celui de la finale de la Coupe du Monde. Zinedine, devenu Zidane, va disputer son dernier match. À la fin de l’acte, cette histoire d’amour s’achèvera et rejoindra le passé.
Alors, Zidane veut laisser un merveilleux souvenir à sa fiancée.
Il tient à lui offrir la plus belle des nuits d’amour…
La soirée est presque parfaite, Zidane joue merveilleusement et offre un but extraordinaire d’audace, ou de folie diront certains. Le temps s’égrène inexorablement, le héros est épuisé, blessé, mais il tient sa promesse. Encore quelques minutes et retentira le coup de sifflet final, celui des adieux déchirants.
Mais Zinedine est un enfant sensible et ne peut se résoudre à quitter ce premier amour, le plus beau de tous. Comment se séparer lorsque l’on vit les plus belles heures d’une passion fusionnelle ? Qui pourrait quitter le paradis de son plein gré ? La douleur du manque pointe alors son nez et se rajoute à la souffrance physique.
La nuit d’amour se transforme en torture. Il n’en peut plus, il veut que cela s’arrête maintenant, tout de suite !
Mieux vaut quitter avant d’être abandonné…

Zinedine cherche une issue de secours pour échapper aux adieux et au regard infiniment triste de son amour.
Sensible à sa douleur, le « gentil » Marco va lui proposer une porte dérobée. Reconnaissant, tel une victime envers le bourreau qui abrège sa peine, Zinedine se jette sur lui et « l’embrasse », la tête la première !
Enfin le supplice s’arrête, Zinedine peut s’en aller et rêver à de plus beaux lendemains…

Cela aurait-il été possible s’il avait touché le paradis juste avant d’en être chassé à jamais ? Les amoureux fusionnels ne se décollent pas doucement, ils se déchirent pour se séparer. Et Zidane ne pouvait renoncer sagement à cette passion étourdissante.

Mais ce n’est pas tout.
L’inconscient renferme des pulsions qu’il n’est pas toujours supportable d’assouvir. Être le fils préféré de ses parents, dépasser son père ou devenir une idole, sont des rêves qu’une partie du psychisme craint ou condamne. Et ce soir-là, après tant d’exploits, Zinedine se confronta à ces terribles dilemmes.
Ainsi, les fantasmes les plus fous de ce petit garçon menacèrent de devenir réalité. Alors, son inconscient, chauffé par tant d’excitation, fit appel à son masochisme et à sa destructivité interne pour éteindre l’incendie…

Zidane n’est pas un voyou, il ne s’est pas battu pour quelques mots orduriers, il a plutôt saisi une opportunité. Celle de tout détruire afin d’échapper à deux éléments insurmontables pour le psychisme : accéder à un statut d’idole incompatible avec la vie humaine, et abandonner une passion amoureuse à son apogée…

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