La peur du noir
« Mon enfant ne veut pas dormir, il a peur du noir ! »

Les troubles du sommeil et de l’endormissement chez l’enfant ont plusieurs expressions cliniques. La plus répandue est la phobie du coucher, communément appelée « peur du noir ». Symptôme bénin chez la plupart, il peut être très handicapant chez certains, et se transformer en casse-tête pour toute la famille.
Mais quels sont les enjeux de cette peur infantile si fréquente ?

L’enfant accuse « le noir » de le terroriser, mais en y regardant de plus près, il apparaît certains indices qui tendent à disculper ce dernier !

Tout d’abord, l’enfant ne se plaint de l’obscurité que le soir venu, au moment du coucher, mais ne trouve rien à redire sur l’absence de clarté en d’autres lieux, tels que la salle de cinéma par exemple.
Il est d’ailleurs tout à fait d’accord pour dormir dans le noir le plus complet, à condition que papa ou maman (ou mieux les 2 !) soient avec lui dans le lit !
Enfin, il préférera à la veilleuse la porte entrouverte de sa chambre, troquant ainsi une meilleure source lumineuse au profit d’un contact sonore avec le monde des parents (couloir, reste de la maison).

Vous l’avez compris, si le « noir » est innocent dans cette affaire, le véritable coupable est la peur d’être seul : « l’angoisse de séparation ».
Notez que votre inconscient était déjà, lui, bien au courant de cette supercherie ; sinon, que dire de cet échange pour le moins paradoxal :
— Papa, maman, j’ai peur du noir !
— Ne t’inquiète pas, chérie, je suis juste à côté !
Sans en avoir conscience, vous rassurez votre enfant sur votre présence plutôt que de remédier à l’obscurité dont il se plaint !
« La lumière des enfants, ce sont les parents ! »

Mais attention, pas de malentendu, l’enfant a véritablement consciemment peur du noir, il ne simule pas.
C’est simplement son inconscient qui lui joue un tour.
Cependant, le psychisme infantile ne fait pas de « blague » inutile.
Il préfère lui faire croire qu’il tremble devant l’obscurité plutôt que de lui avouer sa difficulté à se séparer pour une nuit de ses parents ; en psychanalyse, on appelle cela un déplacement (l’inconscient déplace la peur d’une chose sur une autre).
En clair, ici l’inconscient dit à l’enfant : « Non, non, tu n’as pas peur d’être seul, tu es un grand, c’est juste ce coquin de « noir » qui te dérange ! ».
Alors, grâce à ce petit symptôme, l’enfant va finalement réussir à dormir seul et continuer sa marche en avant vers l’autonomisation.

Ainsi, plus l’enfant aura des raisons de s’inquiéter d’une séparation réelle (parent absent, en voyage, malade, ou divorce !), plus sa « peur du noir » se renforcera, pouvant alors apparaître comme un symptôme handicapant

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