Anorexie mentale
« Ma fille perd du poids, dois-je m’inquiéter ? »

Les TCA (Troubles des Comportements Alimentaires) sont les pathologies psychiatriques les plus fréquentes chez les adolescentes. Elles touchent près de 3 % des jeunes filles. L’entourage met souvent du temps avant de percevoir le caractère pathologique du comportement alimentaire du jeune. La prise en charge s’en trouve ainsi retardée.
Alors, régime ou anorexie ? Quand s’inquiéter d’une perte de poids chez son ado ? Quels sont les indices à repérer ?

L’anorexie mentale et la boulimie sont les deux principaux désordres alimentaires des adolescents. Ces troubles sont souvent liés, et il est fréquent qu’une anorexie restrictive se complique dans un second temps de périodes boulimiques.
Alors, faisons connaissance avec ces pathologies qui menacent tant nos jeunes.

Tout d’abord, il s’agit 9 fois sur 10 de jeunes filles, les garçons sont relativement épargnés par ces problématiques. L’âge de survenue varie de 10 à 18 ans.

La boulimie est le besoin intense et irrésistible d’absorber de grandes quantités de nourriture. Elle est le plus souvent accompagnée de manœuvres destinées à éviter une prise de poids, telles que les vomissements provoqués ou les prises de laxatifs.
Cependant, la boulimie est une pathologie rarement isolée.

L’anorexie mentale est la restriction VOLONTAIRE et progressive de l’alimentation, et s’accompagne d’une dysmorphophobie, c’est-à-dire d’un trouble de la perception de son image corporelle. En pratique, cela signifie que la jeune fille lutte activement contre sa faim (appétit qu’elle ressent consciemment) et qu’elle cherche à perdre du poids pour rendre son corps conforme à un idéal fantasmé.
Les symptômes de cette pathologie sont nombreux, et ils sont autant d’indices à repérer pour les parents.
Le plus souvent, les jeunes filles se disent au régime, mais celui-ci est drastique et ne cesse de durcir au fur et à mesure.
Malgré une forte perte de poids, la patiente n’est jamais contente, elle se trouve toujours trop grosse et juge son corps avec une sévérité suspecte. Elle ne se congratule jamais des bons résultats obtenus par ce soi-disant régime (comme n’importe quel gourmand le ferait !).
Elle s’adonne à des sports comme le footing ou la marche avec une grande motivation et assiduité. Il n’est pas question de tennis, de golf ou de volley, bref le sport n’est pas envisagé comme un plaisir mais comme un combat contre soi-même ou un moyen de perdre du poids.
L’alimentation, le corps, le poids, sont ses principales préoccupations quotidiennes.
Elle évite les repas en famille et ne se montre plus gourmande.
Paradoxalement, il n’est pas rare qu’elle se mette à cuisiner pour toute la famille, vivant ainsi proche de la nourriture, sans y toucher, et engraissant ses proches !
Dans un premier temps, la vie sociale et scolaire ne s’en trouve pas affectée. Elle continue à avoir des amis, des loisirs et à s’investir dans son travail scolaire.
Ces jeunes filles cachent le plus longtemps possible leur pathologie à leurs proches de peur d’être contrariées dans leur comportement alimentaire.
Malheureusement, les conséquences physiques sont nombreuses et parfois graves.
Hormis une perte de poids nette, les jeunes filles vont présenter à terme des troubles du cycle menstruel, allant jusqu’à une aménorrhée (c’est-à-dire une perte des règles le plus souvent résolutive à la reprise d’une alimentation normale). Les retards de croissance et de développement des organes sexuels secondaires (poitrine) sont aussi très fréquents. Les jeunes filles conservent ainsi un aspect trop infantile pour leur âge.
On rencontre aussi souvent des éléments tels que : chute des cheveux ou aspects secs et cassants, développement d’un petit duvet (dit lanugo), troubles cutanés, retard de cicatrisation…
L’apparition d’un ou plusieurs de ces symptômes doit vous alarmer, et vous inviter à amener votre enfant chez le pédopsychiatre malgré sa réticence voire son refus.

« Mais pourquoi diable ces jeunes filles ne mangent-elles pas ? »

De nombreux préjugés sont largement répandus, ils sont souvent caricaturaux, voire faux. Ainsi, l’idée que l’anorexie serait la conséquence d’un régime qui aurait mal tourné, ou qu’il s’agirait de jeunes filles cherchant désespérément à ressembler à des mannequins, sont des notions simplistes et très éloignées de la réalité.
L’anorexie mentale témoigne, en fait, d’un trouble plus global du fonctionnement psychique du patient.
Les enjeux psychiques conduisant à ce type de pathologie sont complexes et nombreux. On peut évoquer schématiquement une difficulté à grandir et à accepter son corps de femme (et l’accès à la sexualité qui en découle), des relations déséquilibrées avec les parents (proximité de la mère et distance excessive du père), ou encore une exigence tyrannique vis-à-vis de soi-même.

Ainsi, il est indispensable que la prise en charge du patient comporte une psychothérapie individuelle et des entretiens familiaux. La dimension pluridisciplinaire est aussi un élément important du soin. Il est souhaitable qu’un pédiatre et une diététicienne accompagnent la patiente vers la guérison.
Les hospitalisations sont destinées aux patientes les plus sévèrement atteintes, mettant gravement en danger leur santé physique. Elles sont souvent vécues comme contraignantes car elles reposent sur un « contrat de poids ».
La patiente et l’équipe médicale définissent notamment dès l’entrée un poids de sortie.

Notez que l’anorexie mentale est une pathologie tenace, et que le retour à un fonctionnement normal prend plusieurs mois, voire plusieurs années.
Mais courage, car fort heureusement, la guérison est la règle !

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