Enfant précoce
« Catastrophe, mon fils est un génie ! »

Jadis marginal, le diagnostic d’« enfant précoce » est, de nos jours, posé fréquemment à l’issue des consultations et bilans psychologiques.
Mais qu’est-ce qu’un enfant précoce ?
Et quelles difficultés la précocité peut-elle induire chez les plus jeunes ?
Nos enfants sont-ils vraiment plus brillants que leurs aînés ?
Voici un tour d’horizon d’un sujet chargé de nombreux fantasmes…

Un enfant dit précoce présente des capacités intellectuelles supérieures à la moyenne de son âge.
Son Q.I. (Quotient Intellectuel) se situe entre 120 et 130, et cela représente de 2 à 5 % de la population générale.
Mais autrefois considéré comme un « surdoué », l’enfant précoce ne se distingue plus forcément par ses résultats scolaires ou ses dons exceptionnels pour les apprentissages.
Bien souvent, les consultations chez le pédopsychiatre sont motivées par des difficultés à l’école, notamment comportementales.
La maîtresse alerte les parents quant à l’attitude inadaptée de l’enfant en classe.
Celui-ci s’agite, s’isole et ne semble pas s’épanouir au quotidien à l’école.
Ainsi, la précocité serait à l’origine de troubles chez l’enfant.
Mais comment comprendre qu’une supériorité intellectuelle puisse être préjudiciable ?
La théorie est la suivante.
Les capacités intellectuelles de l’enfant sont en en avance sur le reste de son fonctionnement psychique.
Ainsi, il existe un décalage avec son développement psychomoteur et psychoaffectif.
En pratique, l’enfant est plus compétent sur le plan intellectuel que sur les plans moteur et affectif.
Par exemple, il va être capable de comprendre des choses sans pouvoir les supporter ou en digérer les enjeux pour autant.
Cette hétérogénéité psychique, sorte d’accès partiel à des notions, peut être source de souffrances.
L’enfant risque alors de présenter des manifestations symptomatiques d’angoisses : instabilité, anxiété consciente, voire angoisse névrotique d’un registre obsessionnel (recherche d’un contrôle sur soi et notamment sur ces affects qui le mettent en difficulté)…
Bien entendu, son adaptation au milieu scolaire (enjeux affectifs, sociaux), voire l’accès aux apprentissages, peuvent en être affectés.
Dans ces cas, on propose à l’enfant et à sa famille un accompagnement individualisé.
Les mesures peuvent être : classes spécialisées, passage dans une classe supérieure, psychomotricité, psychothérapie…

Néanmoins, il semble important d’ajouter quelques remarques et de nuancer ce tableau très théorique.

Tout d’abord, évoquons le « saut de classe » si fréquemment pratiqué.
Il est souvent déroutant qu’un enfant en difficulté se voie proposer un passage anticipé dans une classe supérieure.
Le leitmotiv de cette « solution » est simple.
Les difficultés de l’enfant proviendraient de son ennui en classe, et ainsi, le confronter à des apprentissages plus complexes le stimulerait davantage.
Certes, cela est simple, mais probablement aussi simpliste.
Comme nous l’avons vu, les problèmes de l’enfant précoce sont plus liés à un décalage interne entre son niveau intellectuel et psychoaffectif, qu’à un décalage social ou à un ennui scolaire.
Ainsi, un « saut de classe » risquerait de le mettre en difficulté relationnelle, en le poussant à évoluer au quotidien avec des enfants plus mûrs que lui.
Nombre de ces « surdoués » se retrouvent alors marginalisés dans leur classe.
Il ne convient pas de « gaver » ces enfants d’apprentissages difficiles, mais de les accompagner vers un épanouissement global.

Les pédopsychiatres disent souvent qu’« il existe plus de parents d’enfants surdoués que d’enfants réellement surdoués » !
Effectivement, l’engouement des parents et des « psy » pour cette « précocité pathologique » est suspect !
Les troubles des enfants peuvent être vécus comme persécutants par les parents. Beaucoup de mamans, très angoissées et culpabilisées, vivent comme une menace de leur fonction, voire une attaque de leur compétence maternelle, les difficultés de leurs enfants.
Les remarques de l’école ou des proches sur le comportement de leur progéniture sont souvent indigestes, et provoquent parfois un rejet, voire un déni plus grave.
« Qu’avons-nous raté ? », pensent souvent les parents.
On comprend aisément alors leur appétence à adopter des réponses magiques, causes rassurantes venues de l’extérieur de la famille.
Loin de questionner le fonctionnement de l’enfant ou de la famille, l’idée d’une précocité responsable des troubles apaise les parents, voire les flatte.
Les difficultés d’adaptation ne se comprennent alors plus comme un trouble de l’enfant, mais comme une inadaptation du milieu à sa spécificité.
Du caricatural : « C’est la faute des autres », on passe alors à un surprenant : « Il souffre car il est trop bien » !
En voilà une belle consultation !
Tout le monde ressort content, même le « psy » qui pour une fois annonce une bonne nouvelle et se fait apprécier des parents…

Alors, si la précocité d’un enfant peut occasionner quelques désordres, notamment dans sa scolarité, elle ne doit pas être « l’arbre qui cache la forêt » !
Votre petit surdoué peut lui aussi présenter des souffrances psychiques indépendantes de son Q.I., alors soyez courageux et ne le laissez pas tomber !

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